IRAN Shiraz, ville de poesie… et de vin (parait-il)

(Hummm… je ne suis pas tres satisfaite de mon rythme de publications… je traine !)

Me voici donc dans la capitale des Zand, qui reignerent au XVIIIe s. On est au sud du pays. C’est LA terre des poetes (Hafez, Sa’di…) et du vin (mais je n’en verrai rien du tout, pays musulman oblige…). Il y a 2 millions d’habitants, et mon hotel a un ascenseur fan de Francoise Hardy et son "comment te dire adieu" :-)

Il y a plein de choses a voir a Shiraz, alors je ne chome pas… Je commence par les Eram Gardens (les jardins du paradis), avec leur tres joli palais de l’ere Qajar qui donne sur un plan d’eau. Le jardin est tres grand et parfaitement tenu, avec notamment des cypres geants (dont l’un a 200 ans), et des fleurs tres typiques (et appreciees) d’Iran, des cousines des roses, des Narastan. C’est aussi un jardin populaire pour les jeunes, qui en apprecient les coins recules…

Ensuite, en bord de ville, c’est le Darvazeh-ye Quran, la Porte du Coran. C’est l’entree historique de la ville, par le Nord (on voit la pente descendante vers le centre), entre 2 flancs de colline. On l’appelle aussi "Allah Akbar" (Allah est grand) car c’est ce que les voyageurs disaient en decouvrant la ville, a la fois par sa beaute que par le plaisir d’etre arrives. C’est une arche decoree de faience qui marque l’acces a la ville (helas celle-ci n’est pas d’origine…). Il y eut un Coran garde eu sommet de l’arche – les gens passaient donc dessous en entrant et en sortant -, mais il fut vole, parait-il, en 2003 :-(

Sur le flanc de colline gauche, on peut visiter la tombe d’un poete, Germani, qui est entouree d’une fontaine, avec tout en haut de la colline une cascade. C’est un endroit paisible, avec une vue sur toute la ville.

Enfin, on va voir les tombees des poetes. On commence par Sa’di, Arangah-e Sa’di. Il etait orphelin depuis petit, et apres sa formation il devient l’un des premiers grands voyageurs de l’histoire (le premier vrai routard ?). Il voyage entre l’age de 30 et 50 ans ! Son oeuvre est tres prolifique, avec notamment des references aux roses et aux jardins. Son mausolee est un batiment carre et haut, plutot petit, ouvert sur un cote. La tombe est en marbre et gravee de vers, et les murs interieurs tout autour ont aussi de vers de Sa’di, en faience. Les gens posent leurs mains sur la tombe, comme une relique (c’est d’ailleurs plein de monde). C’est tres touchant. Le parc de son mausolee, il l’a choisi lui-meme comme demeure a cause de sa source d’eau naturelle et des jardins qu’il pouvait y avoir – cette source naturelle (et ses poissons) peut encore etre visitee en sous-sol (l’endroit est tres joliment couvert de mosaiques, et les gens jettent des pieces et font des voeux).

Apres un petit faloodeh pour la route (mmmmh), le clou de la visite est le mausolee du grand Hafez, Arangeh-e Hafez. Les iraniens ont une sorte de proverbe qui dit qu’a la maison il faut avoir le Coran et Hafez, pas forcement dans cet ordre d’ailleurs. Sa poesie est d’une telle subtilite et delicatesse que toute traduction en fait perdre d’essence. Ses vers sont connus et cites par tous les iraniens, qui ponctuent regulierement les conversations un peu elaborees de sa poesie. La tradition veut qu’on ouvre au hasard son livre de poemes pour y lire son destin dans le poeme qui apparait… Mais chaque poeme sera interprete differemment suivant le lecteur ! C’est un vrai lieu de pelerinage. La aussi c’est un grand parc, avec un porche d’acces et des jardins. Une espece de pavillon ouvert a 8 colonnes protege le tombeau en marbre, lui aussi delicatement grave avec des vers du poete.

Les gens autour de moi pleurent (Leyla, une des filles teheranaises avec qui je tourne, est effondree d’emotion), lisent a voix basse, ferment les yeux en posant leur main sur la tombe, chantent… un endroit ou les gens peuvent passer du temps contemplatifs, reveurs, recueillis… A la sortie du mausolee, on vend des planches tres jolies avec un poeme au dos… et Leyla m’offre celui qu’elle s’est achete ("as a amemory") et qu’elle a soigneusement choisi. Quelle emotion !

Un pays ou les poetes sont plus veneres que les rois ou les guerriers ne peut pas etre mauvais !

On va ensuite aux jardins Jahan Nama (Bagh-e Jahan Nama), calmes, ouverts… Pas d’un grand interet si je vous suis sincere, mais l’ambiance fait de cette pause un moment agreable, doux. On regarde des femmes peindre, on ecoute le cours d’eau, on s’assoit sur le gazon…

Avant la pause dejeuner j’ai enfin le plaisir de rencontrer Aliyeh, la fille de Pars Tourist Agency qui s’est occupee de m’aider dans mes visites. Je la paye (eh oui), et je lui donne des petits chocolats que je lui ai achetes a Doha. Ca m’a vraiment fait plaisir de la rencontrer ! Et je vous la conseille vivement si vous voulez vous informer sur l’Iran…

Je dejeune a l’elegant Niayesh hotel qui a un teahouse traditionnel a l’interieur ou reigne un peu de fraicheur (c’est vraiment ravissant). Un poulet au riz et aux fruits rouges, delicieux… Je profite du calme et de leur magnifique reseau wifi. Decidement sur mon telephone je peux "tricher" et acceder a facebook (pas sur mon ordinateur), mais mon blog est definitivement interdit d’acces… (d’ou mon retard actuel…).

Encore des visites l’apres-midi. Je suis desormais la seule etrangere du groupe (ce matin il y avait 2 malaisiennes), donc je vais peu entendre d’explications en anglais… Mes – desormais – 2 amies teheranaises, Leyla et Rahila, se sont changees de fringues pendant le dejeuner, et me prennent sous leur aile. J’apprends un truc qui va nous faire rire toute l’apres-midi : au lieu de dire "cheese" pour se prendre en photo, les iraniens disent "ulu" (prononcez "oulou") pour faire une bouche toute petite… je vais le repeter plein de fois rien que pour les faire rigoler !

On visite 2 pavillons voisins, anciennement connectes par le sous-sol : le Biruni (maintenant Naranjestan Ghavan) etait le batiment ou on recevait et ou on travaillait pour les Qajars. On retrouve leur gout pour les miroirs et les jardins. De superbes faiences epiques tres elaborees, et des plafonds en bois peint tres delicats.

Le batiment jumeau, le Andaruni, est plus petit, plus intime. C’est la residence, avec un jardin plein d’orangers, et les batiments tout autour ont de tres belles fenetres en bois, des galeries laterales decorees (etonamment) de platre peint en relief (plutot inhabituel dans leurs gouts). Un peu de miroirs, de portes marquettees, et le tour est joue :-)

Ensuite on va au Arg-e Karim Kher, en plein centre. C’est une citadelle avec 4 tours, une a chaque angle, dont une est en train de s’affaisser (celle ou se trouve le hammam prive royal). C’est LE monument Zand par excellence (XVIIIe s, avant les Qajars). A l’interieur, beaucoup d’orangers, un plan d’eau. Il y a des representations de la vie royale, des costumes d’epoque, des grandes esplanades ouvertes ou on recevait les invites (en face du plan d’eau). On visite aussi le fameux hammam royal qui fait s’affaisser la tour…

J’apprends que lorsque les gens (inconnus) vous proposent un bonbon d’une boite ou d’un sac ou il y en a plusieurs, cela signifie qu’il y a eu un deces dans sa famille. En prenant une douceur, vos faite un bon voeu doux pour le defunt… C’est pas joli comme symbolique ? J’aime beaucoup…

On fait encore une pause faloodeh (c’est la douceur nationale ici, tellement fraiche !), et j’essaye de discuter avec un couple du groupe avec leur enfant. C’est que tout le monde est tres protecteur avec moi, ils me proposent tout le temps de me prendre en photo, si j’ai bien compris les explications en farsi (euh oui oui)… Elle a 28 ans et son enfant 5, quand je lui dis que j’en ai 38 et que je ne suis pas mariee elle touche du bois… ! Son  mari est fan de foot, alors le Barca, il connait (et elle aussi du coup). Elle me parle aussi de son groupe de musique iranien prefere, Ebi, et elle est etonnee que je ne les connaisse pas puisqu’ils habitent desormais a Los Angeles…

On finit la journee au hammam du centre-ville, qui n’est plus en usage (j’ai l’impression que plus aucun ne l’est helas), le hammam-e Vakil. On rit beaucoup quand les filles veulent me traduire "hammam" et me disent "bedroom", puis "bathroom", puis "bath"… et je leur dis "hammam". He he he he ca les fait beaucoup rire ! L’endroit fut un restaurant, apres l’usage d’hammam, et il fut ferme car la cuisine endommageait le batiment. Il y a de jolies decorations murales, et des mannequins montrant les gens dans le hammam (habilles bien sur).

Le chemin du retour passe par le bazar, tres joli mais recent (les Zand ont detruit l’ancien). Il y a 74 ouvertures dans le plafond pour faire entrer la lumiere et la chaleur l’hiver (mais elle reste dehors l’ete). Il est authetique, mignon, et je verifie (je suppoe avec plaisir) que le marche du magnet de frigo ne s’est pas encore developpe ici…

Je suis contente de savoir que je vais retrouver mes camarades de visite demain :-)

Je rentre a mon hotel, je vais faire un petit tour en ville, je vois par la fenetre d’une mosquee la priere des femmes. Enfin j’arrive a lire les chiffres arabes :-) J’observe, comme a Teheran, que les rues sont decorees de paneaux flottant dans les avenues avec les visages des martyrs de la guerre Iran-Irak, parfois ces photos se retrouvent en 4×3 ou en peinture contre un mur… la memoire est toujours la.

Ah quel bonheur cette nuit de sommeil et ce petit-dejeuner ! Aujourd’hui c’est un jour important : je visite la mythique Persepolis. Que dire ? C’est superbe ! Fondee par Darius en -518, c’etait la capitale des Achaemenides, dynastie fondee par le grand roi Cyrus II, celui des premiers droits de l’homme. C’est une grande civilisation, celle qui inventa le service postal, avec de grandes rues pavees. Le royaume allait de l’Inde au Danube, et ce territoire pouvait etre parcouru en 15 jours seulement a cheval !

Sureleve sur une plateforme, les rois de cette epoque construisent un complexe royal, inspire des Mesopotamiens. La fin viendra de la main des Grecs, avec Alexandre le Grand. C’est un site archeologique unique par la grandeur et la bonne conservation de ses restes. C’est le siege du gouvernement mais surtout le lieu des ceremonies et des fetes, comme No Ruz (le nouvel an). Ce fut construit par Darius I, et servit les rois suivants  – Xerxes I et II, Artaxerxes I, II et III. Ce qui reste apres la destruction de la ville fut recouvert par du sable, d’ou la bonne conservation (ce fut decouvert dans les annees 30). C’est ici que se trouve le dieu aile qui symbolise l’Iran, Ahura Mazda (symbole Zoroastrien).

Les colonnes en forme de cheval, les portes d’acces, les grandes salles de reception, les bas-relief demontrant la grandeur du royaume… tout est superbe, malgre la chaleur (plus aucun toit n’a survecu). J’adore !

Leyla m’a epatee aujourd’hui : elle connait l’Espagne. Elle me parle d’une route religieuse, de Paolo Coelho… putain, le chemin de Santiago !!! Ouiiiii, c’est ca, elle me dit ! Je ne m’en suis pas remise. L’Iran et ses gens continuent de me surprendre…

Je me joins a mes amis iraniens en camionnette (mes malaisiennes et un danois vont en voiture), et on part a la necropole de Naqsh-e Rostam. La, 4 tombes royales Achaemenides sont excavees dans la colline, tres haut ! On est entoure de nomades qui traversent les terrains voisins avec leurs chevres, c’est drole. La reposnt donc Darius I et II, Artaxerxes I et Xerxes I. L’entree est ouverte sur l’exterieur, avec une plateforme surelevee ou reposait le corps (il ne reste rien, bien sur). Quelques bas-reliefs posterieurs decorent le bas de la colline, montrant le soutien du peuple au roi…

On se dit au revoir avec tout le monde, on est tous emus ! Une photo souvenir et la promesse de se voir a Teheran avec  Leyla et Raheela, en plus de les porter dans mon coeur, voila ce qui nous reste de ces bons moments ensemble.

Sur le chemin du retour que je partage avec certains, Leyla et Raheela sont intriguees pour savoir pourquoi je ne suis pas mariee, et pourquoi je change de pays pendant mon voyage. Elles me disent aussi que je dois reflechir au fait de revenir en Iran enseigner l’Espagnol et la danse espagnole… Voila, j’ai du travail sur la planche !

Je dejeune avec Atele (la maman qui aime Ebi) et sa famille, la pauvre a super chaud (elle rale contre son voile), je lui passe mon eventail pour la soulager un peu. Elle est d’origine russe (ca se voit). On est au meme endroit qu’hier, avec son repas savoureux que l’on partage assis sur des bancs (je mange mon khoresh-e bademjan, mon ragout a l’aubergine, mmmmmh) et son wifi performant :-) Eux rentrent ce soir a Teheran, on est vendredi apres-midi, jour ferie.

Je passe seule mes derniers instants en ville, et je visite le Shah Cheragh, un temple fabuleux de beaute, ou je peux prendre des photos de la cour exterieure. Ensuite je consigne mon sac et j’enfile un tchador : je rentre par l’entree des femmes. Une grande cour, toute en faience, et le mausolee en lui-meme (ici est enterre un des fils des l’un des imams) est couvert de miroirs ! C’est comme un reve. Autour du tombeau (enferme dans une cage metallique), les femmes font des voeux, pleurent, glissent des billets entre les barreaux. Mariam, qui travaille ici, m’emmene pres de la tombe. J’ai promis a Leyla et Raheela que je ferai un voeu pour elles (c’est fait), et j’en fait aussi pour le voyage. Je suis emue, c’est un lieu tres sacre ou on y passerait bien son apres-midi a lire, a regarder la vie passer (meme si j’ai du mal a faire tenir mon drap !). Les hommes sont de l’autre cote (il y a un gros rideau epais).

Mariam me demande si je suis toute seule (oui), si j’ai un mari (non), et la elle me dit que je peux en faire le voeu (…). Elle connait l’Espagne, c’est un grand pays, on est musulmans, Al Andalus (…). Elle est gentille, elle me souhaite plein de bonnes choses et c’est un au-revoir chaleureux :-)

Un taxi me ramene a l’hotel (on s’arrete en cours de route pour boire de l’eau sacree a une fontaine, elle vient de Shah Cheragh), et me voila prete a quitter la belle Shiraz, en route pour Esfahan. Je pars en voiture, et le chauffeur a de tout, de l’eau, du the, des "pipas" (des graines de tournesol), des bonbons, des gateaux… Il a un petit guide de conversation en anglais qu’il feuillette en conduisant (…), a un moment il a failli rentrer dans un camion ! Les paysages que nous traversons sont superbes, des montagnes a contrejour, le soleil couchant, c’est desertique, aride, sec…

En quittant Shiraz il me fait une pause a Pasargadae, site World Heritage avec la tombe du roi Cyrus, juste le temps d’une photo (qu’est-ce qu’il est gentil, c’est lui qui m’a propose de venir et faire le detour)…

Et bientot la prochaine etape, l’elegante Esfahan (Ispahan – une ville avec un nom de gateau, ca ne peut pas etre un mauvais endroit, c’est-ce pas ?)…

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